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Cultures

05 OCTOBRE 2018

INTERVIEW : HAMBOURG, L’APPEL DU LARGE

Isabella ZimmerPar Isabella Zimmer

Interview : « Hambourg, l’appel du large »

Interview avec Marianne Floc’h, conceptrice de l’exposition, « Hambourg, l’appel du large » d’Allemagne Diplomatie, présentée dans le cadre de la Quinzaine franco-allemande à l’Hôtel de Région de Toulouse

1) Marianne Ondine Floc’h, vous avez déjà produit deux autres expositions sur des villes allemandes : Munich ou la joie de vivre et Berlin, l’électron libre. Pourquoi Hambourg ?

Beaucoup l’ignorent, mais Hambourg est la deuxième ville la plus peuplée d’Allemagne ! Elle est assez peu connue en France, il me semblait intéressant d’en brosser un portrait. Et, surtout, à l’occasion de la Quinzaine franco-allemande en Occitanie, nous avions envie de présenter cette ville qui entretient de si nombreux liens avec la région toulousaine, par le biais d’Airbus. Comme l’a dit Peter Tschentscher, le ministre délégué à la coopération franco-allemande, cette Quinzaine vise à « faire vivre l’amitié franco-allemande du nord de Hambourg au sud de l’Occitanie ! »

2) Pourriez-vous nous dire en quelques mots comment vous percevez Hambourg ? Qu’avez-vous ressenti en y allant, quel souvenir en gardez-vous ?

Hambourg est à mes yeux une ville résolument nordique, un curieux mélange d’industrie et de poésie, de modernité et de tradition. Le marché aux poissons et les vergers de l’arrière-pays se situent à quelques encablures des ateliers ultra-modernes d’Airbus, la toute nouvelle Philharmonie de l’Elbe partage la ligne d’horizon avec le fameux « Michel », un clocher qui a servi de repère aux marins pendant plusieurs siècles.

J’ai ressenti une véritable fascination pour la Cité des entrepôts, un incroyable labyrinthe de briques érigé à la fin du XIXe siècle et classé au patrimoine mondial. Je conserve également un souvenir éblouissant de la Philharmonie de l’Elbe, de l’intérieur comme de l’extérieur. Il y a eu parfois la sensation d’être déboussolée, de ne pas toujours savoir comment me déplacer d’un îlot à l’autre, puis de m’habituer à faire comme les Hambourgeois : prendre le ferry, un moyen de transport aussi commun que le métro ou le bus.

Enfin, j’ai été surprise d’apprendre à quel point cette ville avait souffert, lorsqu’un témoin d’époque nous a raconté qu’Hambourg avait été encore plus bombardée que Dresde durant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui explique pourquoi il ne reste aujourd’hui presque plus rien du centre historique.

3) Pour vous, quel est l’endroit le plus exotique de Hambourg ?

L’ancien tunnel sous l’Elbe, régulièrement emprunté par les Hambourgeois pour passer du centre-ville à l’île de Steinwerder, à pied ou à vélo. Cette immense perspective carrelée de blanc m’a donné l’impression de cheminer dans un tunnel du métro parisien. Nous avons aussi emprunté les ascenseurs autrefois utilisés pour faire descendre ou monter des voitures dans le tunnel.

4) Avez-vous testé la gastronomie locale ?

Seulement les Fischbrötchen. Nous projetions de goûter les autres spécialités locales, mais le temps nous était compté et le sandwich au poisson était ce qu’il y avait de plus rapide à manger sur le pouce, une sorte de fast-food hambourgeois en somme. On raconte d’ailleurs que le hamburger trouve ses origines dans la ville hanséatique, à l’époque où de nombreux européens émigrèrent depuis cet immense port vers le Nouveau monde.

5) Vous avez travaillé en binôme avec la photographe Prisca Martaguet. Comment se sont passées vos journées à Hambourg ? Comment vous répartissiez-vous les tâches ?

Nous avons passé cinq jours ensemble à Hambourg, fin mai. Nous avions emporté des anoraks, des pulls… et il a fait près de trente degrés tous les jours ! Chaque journée était un marathon qui commençait tôt le matin et s’achevait tard le soir. On ne fait pas une exposition aux horaires de bureau. Il y a des contraintes de lumière pour les photos, de calendrier pour les personnes à rencontrer… Prisca faisait les prises de vue et je réalisais les interviews. Pour l’anecdote, nous avions souvent avec nous une poussette y compris sur la Reeperbahn, mais je ne vais pas en dire plus (rires). De retour à Paris, j’ai rédigé les textes, tandis que Prisca retouchait les photos et concevait le graphisme de l’exposition depuis Berlin. Travailler ensemble est à la fois une gageure, car nous nous mettons beaucoup de pression, et un plaisir, car « nous partageons un certain sens du détail », comme le formulerait Prisca pour rester polie !

6) Quelle expression typique doit-on connaître avant d’aller à Hambourg ?

Moin ! Ce mot aux consonances à la fois allemandes et anglaises – sorte de mix de Morgen et morning – est une salutation que les Hambourgeois se lancent non seulement le matin, mais aussi à toute heure de la journée.

L’autre expression qui me vient à l’esprit est un dicton allemand selon lequel « il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais vêtements ». Les Hambourgeois l’emploient beaucoup, mais nous n’avons pas vraiment eu l’occasion de le vérifier, sauf le seul soir où nous sommes sorties sans vêtements de pluie. Le ciel nous est tombé sur la tête ! Nous étions alors sur la Reeperbahn et au lieu des splendides cirés de marin que nous avions admirés la veille, nous avons dû acheter des ponchos en plastique tenant du sac poubelle jaune fluo pour le dernier shooting de la soirée.

7) Vous êtes une Franco-Française née en Occitanie. Pourtant, vous travaillez à l’ambassade d’Allemagne à Paris. Qu’est-ce qui a fait germer cette envie d’Allemagne ?

C’est un professeur qui a éveillé cette vocation. J’étais scolarisée à Lourdes, une ville où presque personne n’apprenait l’allemand… une enseignante exceptionnelle, Geneviève Laurent-Moulin, m’a transmis sa passion pour l’Allemagne et pour la langue de Goethe. J’aimais son enthousiasme et, plus encore, son exigence. Elle plaçait la barre haut, car elle croyait en nous ! Lors d’un échange scolaire organisé par ses soins, je me suis liée d’amitié avec plusieurs personnes ; nous avons échangé des lettres pendant des années… à 16 ans, j’ai demandé à l’une d’entre elles de m’aider à trouver un point de chute en Allemagne. C’est ainsi que j’ai passé une année scolaire à Hildesheim, en Basse-Saxe, dans une famille qui m’a transmis la langue, les coutumes… ces deux rencontres ont fortement influencé ma vie professionnelle et personnelle ! Je continue de rendre visite à ma « famille allemande », et j’ai récemment revu mon ancien professeur, vingt ans après avoir quitté sa salle de classe pour la dernière fois ! Nous avons parlé d’Allemagne pendant trois heures.

8) Cette exposition est le fruit d’un long travail et d’une recherche approfondie. Pensez-vous poursuivre vos créations et si oui, quelle autre ville allemande serait votre prochaine destination ?

C’est un secret d’État ! (rires) Je ne peux rien dire, sauf que nous pourrions quitter Hambourg pour mettre le cap au sud.

Emprunter gratuitement l’exposition ICI !

Le programme complet de la Quinzaine : www.15francoallemandeoccitanie.fr

Twitter : @15aine_LeBlog

#QFAO2018

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